🎙 Chronique Spéciale Voyage au cœur du Tour - N° 12
« Le Tour de France, un outil de mise en valeur des territoires »
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans Et si on parlait de sport, votre rendez-vous hebdomadaire autour du sport et de ses histoires. Aujourd’hui, nouvelle escale dans notre série « Voyage au cœur du Tour », avec un regard un peu différent, un peu plus large : Et si le Tour de France, au-delà de l’événement sportif, était aussi un outil de mise en valeur des territoires ?
Pour en parler, comme toujours dans cette série, nous accueillons Jean-Louis Pagès, ancien Commissaire Général et Directeur des Sites du Tour. Bonjour Jean-Louis !
Jean-Louis : Bonjour ! C’est un plaisir d’évoquer ce sujet-là. Parce que le Tour, c’est aussi une formidable aventure géographique, une vitrine incroyable pour les villes, les villages, les paysages, les monuments, les innovations...
On peut commencer par une question simple mais puissante : Quel autre événement au monde a cette capacité à venir chez vous, à passer devant votre porte ?
Aucun. C’est ce qui rend le Tour unique. !
Les Jeux Olympiques ? Ils s’installent dans une ville, quelques semaines.
La Coupe du Monde de football ? Elle tourne entre 8 ou 10 stades d’un pays.
Mais le Tour de France, lui, sillonne tout le territoire. Il peut passer devant une boulangerie de village, grimper un col à 2 000 mètres, traverser un viaduc ultramoderne, ou dérouler sa ligne d’arrivée devant une abbaye millénaire.
Et ça, c’est une richesse incomparable. C’est la France qui se raconte à travers le vélo.
Justement, Tu as été aux premières loges de cette construction géographique du Tour.Tu l’as organisé, façonné… Quels exemples te viens en tête, de lieux que le Tour a mis en lumière ?
Il y en a énormément, mais quelques-uns me tiennent particulièrement à cœur.
Je pense par exemple au Futuroscope, où nous avons posé nos valises à plusieurs reprises : 1986, 1987, 1989, 1990…Et puis encore en 1994, en 1999, en 2000, année où il accueille le Grand Départ.
À l’époque, ce parc était une vitrine de la modernité, de la technologie. Et le Tour a participé à cette image, en montrant que l’innovation française pouvait côtoyer le patrimoine. Disneyland (1994/1997)
Et ce n’est pas un cas isolé…
Non, on peut aussi parler du Puy du Fou en Vendée, autre lieu emblématique.
En 1993, 1997, 1999, il accueille à son tour le Grand Départ.C’est le lien entre le spectaculaire et le populaire, entre l’Histoire et le direct, entre le spectacle vivant et l’effort sportif. Et ça fonctionne à merveille.
Il y a aussi des symboles très forts, des lieux chargés de sens. Je pense au tunnel sous la Manche en 1994…
Absolument. C’était l’année de l’inauguration de ce tunnel mythique.
Le Tour, en passant par là, accompagne une étape historique de la construction européenne. Il devient acteur de l’actualité, ambassadeur du progrès, et témoignage vivant du lien entre les peuples.
Pareil avec le pont de Millau, joyau d’architecture pour le faire découvrir au monde entier. Pareil aussi avec le lac de Madine, en 1993 et 1996, où l’on voulait valoriser un site naturel, un lieu de calme et de biodiversité.
Le Tour de France, c’est donc une carte postale itinérante ?
Oui, mais une carte postale en mouvement, en haute définition, en direct sur les télés du monde entier. C’est une mise en récit du territoire, de ses richesses, de ses habitants, de ses défis aussi.
Et c’est cette capacité unique à créer de l’émotion autour d’un lieu, à mettre en lumière ce qu’on ne regarde plus, qui fait du Tour une vitrine exceptionnelle pour la France.
Et ce n’est pas seulement pour les grandes villes ou les monuments célèbres...
Exactement ! Le Tour a cette magie : il rend célèbre un clocher, il donne un coup de projecteur à une vallée oubliée, il dessine une carte affective de la France.
Combien de fois j’ai vu des maires me dire : « Grâce au Tour, on a eu des touristes, on a été vus, on a été fiers ».
Et ce n’est pas une opération de communication, c’est du vécu, de l’émotion partagée
C’est donc aussi un outil de développement local, parfois ?
Tout à fait. Une ville-étape peut booster son économie, accueillir des aménagements, gagner en notoriété. Le passage du Tour est souvent préparé sur plusieurs années, avec les collectivités locales, les services de l’État, les entreprises. La mise en valeur des territoires passe aussi par des aménagements notamment de chaussée, de voierie. Les sites traversés, visités veulent montrer leur plus beau visage
C’est un événement structurant, mais toujours accessible, inclusif, populaire.
Et aujourd’hui, le Tour continue sur cette lancée ?
Bien sûr ! Christian Prudhomme a poursuivi cette logique en ouvrant encore plus les territoires, en explorant la Corse, le Danemark, le Pays Basque espagnol, en multipliant les arrivées originales, les décors spectaculaires.
Et la force du Tour, c’est qu’il reste gratuit pour le public, proche, humain, partagé.
C’est un événement qui marche avec son époque, mais roule toujours au cœur des paysages et des gens.
Merci Jean-Louis pour ce beau regard, passionné et passionnant, sur la dimension territoriale du Tour de France. On retiendra que le Tour, ce n’est pas seulement une course : c’est un outil de promotion, une aventure géographique, un lien entre les Français, un événement pour tous.
C’était Et si on parlait de sport, spéciale «Voyage au cœur du Tour», avec Jean-Louis Pagès.
On se retrouve très bientôt pour une nouvelle étape : une journée sur le Tour de France côté coulisses.